L’horreur fait fureur !

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ImmaculéeLa Malédiction : l’origineLonglegsCuckooAbigail, ou Nosferatu, cette année, le cinéma nous offre une panoplie de films terrifiants. Au delà de leur genre, ces films ont également en commun leur personnage principal : une femme. Eh oui ! Tandis qu’on peut facilement donner le genre du film d’action aux hommes machistes avec leurs pistolets et leurs grosses voitures, le film d’horreur appartient bel et bien à la gente féminine.

Serait-ce la tendance cinématographique de l’année ? Les femmes comme instrument de peur, est-ce vraiment une nouveauté ?

© « Carrie » – Courtesy of RedBank Films

Les femmes au cinéma sont une minorité, et cela depuis son invention. D’abord, en tant que réalisatrices, elles n’ont encore que très peu de visibilité, mais surtout sont très peu légitimées. Quant aux actrices, souvent mises à l’écart du premier rôle ou discriminées, seul un tiers des films entre les années 80 et 2019 ont eu un personnage principal féminin.

Dans les années 70, un genre cinématographique prend place sur les grands écrans et fait exploser la demande : le cinéma d’horreur. Avec son arrivée, plusieurs femmes ont pu avoir droit à un rôle principal comme dans Carrie (1976)Suspiria (1977), ou Possession (1981).

Aujourd’hui, les femmes sont comme une évidence dans le film d’horreur — en tant qu’héroïne ou comme monstre. Même si le genre peut offrir une visibilité à la femme, parfois sa représentation en est juste maléfique et dégradante. ‘Parfait pour un film d’horreur’ me diriez-vous, mais cette représentation est une réelle problématique quant à la vision de la femme dans la société.

Le cinéma d’horreur est-il le genre qui permet à la femme de rayonner ou celui qui la diabolise encore plus ?

Les femmes dans les films d’horreur sont à la fois proie à une terrible bête, une chose mystérieuse, maléfique comme dans Antichrist (2009), ou le symbole d’un monstre grand et seins pendants comme on peut retrouver à de nombreuses reprises dans The Shining (1980)Conjuring (2013), ou Barbarian (2022).

Cette ambivalence entre l’héroïne et le monstre crée une atmosphère bien particulière et se dessine presque comme une règle en matière de réalisation de films d’horreur.

© « Infinity Pool » – Courtesy of Neon

L’engouement pour les films d’horreur et pour la place des femmes sur les grands écrans est encore plus palpable sur les réseaux sociaux — et notamment Tiktok. On peut y voir des tendances comme la female rage1 ou les scream queens2 où l’on peut entendre en fon sonore des cris de peur et de colère sortant tout droit de films d’horreur.

On peut retrouver les interprétations de Mia Goth dans Pearl (2022)Rachel Sennot dans Bodies, Bodies, Bodies (2022), ou Jenna Ortega dans X (2022). On leur donne le nom de “scream queens”. Mais d’où vient cette expression ?

On pourrait croire que le terme provient de la série bien connue Scream Queens (2015), mais son origine remonte aux débuts des stars des films d’horreurs dans les années 80. Cette dénomination populaire pour parler de ces femmes qui crient à poumons ouverts fait l’objet d’une réelle dynamique entre la performance des jeunes actrices, mais malheureusement aussi de leurs physiques. On voit apparaître dans les années 90 des films aux posters les sexualisant comme avec Scream Queen Hot Tub Party (1991), ou Invasion of the Scream Queen (1992).

Entre le torture porn3 et le slasher comme allégorie du viol, la femme — même dans un premier rôle — reste enfermé dans les cadres du male gaze4 et de l’idéalisation malsaine du corps.

La concept artistique de la femme en tant qu’objet de désir et de terreur n’est pas nouveau. Lorsque l’on prend les mythes grecs par exemple, nombreux sont ceux dont on retrouve des femmes-harpies qui tentent sexuellement les héros. On peut également parler des sirènes qui attirent les marins dans leurs crocs féroces, Méduse, victime tournée en monstre, ou Didon, la reine de la furor forcée à user de magie par amour.

Ces mythes sont des histoires scriptibles, des histoires que l’on peut réécrire. Les réalisateurs et auteurs s’en inspirent fréquemment pour écrire leurs récits comme Frankenstein (1818) de Mary Shelley ou Prometheus (2012) de Ridley Scott, qui se calquent tous les deux sur le mythe de Prométhée.

On peut alors voir le genre de l’horreur comme une réécriture de toutes les peurs de l’Antiquité imagées par des femmes-monstres, ou le voir comme une antithèse intéressante pour les spectateurs. En effet, la spécialité de ce genre est la violence. Et donc… plus qu’une simple réécriture, la place de la femme comme rôle principal est aussi une stratégie commerciale qui fonctionne.

En pensant aux stéréotypes, il n’est pas étonnant de voir un homme être violent, sanglant, horrible, mais lorsque la femme “douce” s’adonne à ses pratiques, cela choque et crée un intérêt particulier : le buzz. Umberto Eco disait à propos de l’écriture, qu’il n’existe pas de récit sans eros et thanatos, que ce sont les thèmes principaux de toute histoire. C’est probablement pour cela que l’horreur comme genre féminin fonctionne. Entre symbole de convoitise et de courage, la représentation de la femme dans l’horreur est un réel enjeu féministe et artistique.

  1. Rage féminine. ↩︎
  2. Les reines du cri. ↩︎
  3. Pornographie de la torture. ↩︎
  4. Regard masculin. ↩︎

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