Paris en effervescence : la Fashion Week est là. Sur les podiums, des robes — somptueuses, mais creuses. À l’ONU, on débat d’avenir, on redessine des vies, pendant que Trump recycle sa haine en politique. Et la mode, elle, reste suspendue dans sa bulle, indifférente au monde qu’elle prétend refléter. Depuis McQueen et Westwood, la révolte a quitté le catwalk — ne restent que les strass, et le silence.
La mort du message
Il fut un temps où la mode voulait dire quelque chose. Où les tissus portaient des idées, et les podiums, des colères. Les grandes maisons s’adressaient à la bourgeoisie, pendant que les créateurs indépendants : Margiela, Westwood, McQueen, Gaultier — légendes en devenir — se battaient pour réinventer le langage du vêtement.
Aujourd’hui, ils ne sont plus là — ou presque. Gaultier s’est retiré, les autres ont disparu, et leurs marques errent désormais dans les couloirs aseptisés du ‟luxe moderne”, maquillées sous le mot magique : héritage. Westwood faisait du podium un cri politique ; Gaultier déconstruisait le genre avant que ce soit tendance ; Margiela recyclait la célébrité pour mieux la démanteler ; McQueen exposait la tension entre la monde de la mode et la santé mentale. Ensemble, ils portaient les messages qui manquaient aux grandes maisons. Sans eux, le catwalk semble étrangement muet.

La mode est devenue instable et reflète aujourd’hui notre environnement politique : les directeurs artistiques se succèdent comme des ministres en crise, et le luxe, lui, s’est transformé en un jeu d’initiés réservé aux ultra-riches — ou à ceux qui couchent assez haut pour s’y inviter. Les vêtements ont perdu leur pouvoir — trop sages, trop propres, trop prévisibles. On ne parle plus de créateurs, mais de marques. Et finalement, les maisons qui changent de visage tous les deux ans nous resservent la même soupe tiède collection après collection.
Autrefois, s’habiller, c’était se protéger de la nudité. Puis, c’est devenu une manière d’exister. Mais aujourd’hui, s’habiller s’est mué en un acte de consommation, déguisé en expression identitaire.
L’essor de la mode commerciale aseptique, la complicité du consommateur
Les marques ‟créent” désormais pour les marchés mondiaux. Et en marketing, mondialisation rime avec homogénéisation : des produits conçus pour plaire à tout le monde, partout. On pourrait être empathique — après tout, comment un designer pourrait-il jouer avec la provocation ou la nudité, comme McQueen autrefois, si dans certains pays une simple fente dans une robe peut déjà poser problème ? Mais la vérité, c’est que tout le monde ne peut pas s’acheter ces vêtements, de toute façon. Le luxe s’adresse aux privilégiés, et le privilège, lui s’offre le droit de contourner les codes. Les riches peuvent toujours s’exiler à Paris ou à Milan, là où la marginalité se porte sans surveillance.
Peut-être est-ce la faute des diffusions en direct en 4K, mais les collections d’aujourd’hui semblent trop polies, vidées de cette énergie brute qui faisait autrefois la force des marques indépendantes. Sur les podiums comme sur les écrans, chaque couture est amplifiée, chaque défaut grossi. Or, c’est justement cette imperfection qui donnait à la mode son authenticité. Sans elle, il ne reste qu’une surface lisse — impeccable, mais sans âme.
Les designers ne créent plus seulement pour le défilé, mais aussi pour l’algorithme. Chaque look doit tenir dans trente secondes de vidéos — optimisé pour la viralité d’Instagram ou de TikTok. Gros plans, zooms, réactions instantanées — tout est calibré pour les experts autoproclamés du net. Ces commentateurs de fortune dictent la conversation, pendant que les journalistes et critiques de mode s’effacent en arrière-plan. L’attention n’est plus portée sur le vêtement lui-même, mais sur sa vie postérieure : à quel point il sera memable, et donc bankable. La valeur n’est plus artistique, mais spéculative.
Les défilés, eux, se transforment en parcs à thème de luxe : des spectacles taillés pour le feed, amplifiés par le web, où le public vient se divertir plutôt que se confronter. Il fut un temps où un défilé pouvait choquer, déranger, scandaliser. Aujourd’hui, tout semble orchestré pour plaire et les critiques négatives dans la presse mode sont devenues rares. La mode est une expérience immersive, certes, mais pensée pour la liquidité et les likes.
Et le consommateur ? On ne parle plus de fashion victim, mais de fashion complice. Le système continue de tourner parce que nous continuons à le nourrir : par nos likes, nos partages et nos scrolls sans fin. Peut-être qu’on ne peut plus être bousculés. Peut-être que la passivité est plus confortable. Je m’inclus dans le lot — moi aussi je scroll, je consomme et je double-clique. Mais je crois encore que la mode devrait déranger un peu, qu’elle devrait se reconnecter au réel. Sinon, le runway ne sera bientôt plus qu’une boucle de rétroaction : un spectacle sans message, applaudi par un public qui ne veut plus être touché, seulement ébloui.
La subversion perdue
Il fut un temps où la mode savait choquer : par la nudité, le spectacle ou la déclaration politique. Aujourd’hui, la provocation semble mise en scène, coopérative, monétisée — une rébellion sur commande. Même les vêtements dit ‟engagés” sonnent creux une fois reconditionnés pour le marché du luxe.
Prenez Vivienne Westwood. Dans les années 1990 et 2000, elle injectait la rage punk dans ses collections, mais le moment le plus fort arrivait souvent à la fin : quand elle sortait elle-même, vêtue d’un simple t-shirt porteur d’un message politique brut. Ce geste, théâtral et sincère, semblait urgent, viscéral, impossible à simuler.
Aujourd’hui, les t-shirts à slogan sont partout — hors de prix, mis en scène, et plus parodiques que provocants. Des marques comme Vetements, AWGE ou Mowalola jouent la carte du cool et du edgy, mais sans véritable discours derrière. La subversion s’est transformée en esthétique, un style de posture.
Mardi dernier, à la Fashion Week de Paris, Courrèges présentait sa collection Printemps/Été 2026. Inspiré par « la protection solaire », Nicola di Felice citait tout — des stores de voiture aux voiles du Moyen-Orient. Sur le papier, l’idée était brillante. Mais en France, où la droite et l’extrême droite continuent de cibler les femmes musulmanes, un tel geste aurait pu avoir une résonance profondément politique. Au lieu de cela, le voile est réduit à un simple accessoire de protection, neutralisé, vidé de sa portée symbolique. Une occasion manquée de provoquer, de déranger, de dire quelque chose de vrai.
Le changement climatique et la durabilité sont devenus les causes universelles, mais ici, elles fonctionnent comme des valeurs par défaut — des sujets ‟sûrs”, bons pour la conscience et pour la communication. Résultat : la collection paraît moins activiste, mais plus dystopique. Des silhouettes futuristes pour un monde où seuls les riches peuvent se protéger du soleil. Courrèges montre la mode, oui. Mais du courage ? Cela reste, une fois encore, hors du défilé.
Les exceptions qui prouvent la règle
Certains créateurs gardent encore un pied dans la réalité, et un regard tourné vers ce que le monde affronte aujourd’hui. Katherine Hamnett, célèbre pour ses t-shirts Choose Love des années 1980 qui sensibilisaient au sida, est revenue en août avec une campagne intitulée End Genocide. L’initiative lève des fonds pour Noor Gaza Orphan Care (NGOC), qui assure des soins à plus de 20 000 enfants orphelins à Gaza.
Huda Kattan, fondatrice de Huda Beauty, a elle aussi pris position. En novembre 2023, elle a fait don d’un million de dollars à deux organisations humanitaires travaillant sur le terrain, à Gaza. Foday Dumbuya, fondateur de Labrum London, utilise sa plateforme pour aborder les conflits mondiaux. À travers des collections mêlant héritage anglais et africain, il célèbre la résilience et la fierté culturelle face au génocide au Congo. Et, étonnamment, Torishéju — récompensée par un prix LVMH — a déclaré à propos de sa dernière collection : « Je voulais que ces vêtements représentent le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ».
Mais si l’avenir de la mode se dessine quelque part, c’est sans doute dans les écoles de mode. Et cette année, un nom s’est imposé : Zelig Davoult. En juin, il présentait sa collection VIENDRA LE TEMPS DU FEU. Son cinquième look, FROM THE RIVER TO THE SEA, une robe keffiyeh d’une intensité saisissante, portait une charge politique rare. C’était un rappel que la mode peut encore choquer, encore provoquer — à condition que quelqu’un ose risquer les applaudissements.
Et pourtant, pour chaque Zelig Davoult, des dizaines de collections continuent de privilégier le cool à la conscience, l’algorithme à l’audace. Paris reste un théâtre de spectacles, un manège de soie et de lumières. Mais parfois, au milieu du bruit, un geste sincère perce la surface — une robe keffiyeh, un t-shirt criant End Genocide — et rappelle que la mode politique n’est pas morte. Elle attend juste qu’on la regarde à nouveau.
Conversation avec Miguel Adrover
Alors que Miguel Adrover était reconnu comme la nouvelle star de New York. Le designer majorquin a secoué l’industrie à la fin des années 90 avec des collections combinant activisme, vêtements recyclés et déclarations politiques pointues. Mais après avoir montré, en septembre 2001, une collection inspirée du Moyen-Orient — son lieu de vie à l’époque, il est subitement mis à l’écart par le même monde qui l’avait célébré. Aujourd’hui, alors que le podium se vide de sens, les mots de cet ange déchu de la mode résonnent comme un rappel qu’elle n’a jamais été seulement une question de vêtements.
TU ES NÉ À MAJORQUE EN 1965, PUIS TU AS DÉMÉNAGÉ DANS LES ANNÉES 80 À LONDRES, ET DANS LES ANNÉES 90 À NEW YORK. COMMENT CES VOYAGES ONT-ILS FAÇONNÉ TA VISION DE LA MODE ET DE LA SOCIÉTÉ ?
En vérité, la mode m’a toujours laissé indifférent. Je m’y suis intéressé par hasard quand je suis arrivé à New York. J’ai rencontré Lee [Alexander McQueen], et je suis devenu son consultant pour ses défilés à Londres. À ce moment-là, j’ai vu le pouvoir que la mode détient.
J’ai toujours été un activiste — pour le climat, la conscience sociale, et les droits des autochtones en Amazonie. J’ai été attiré précisément par la possibilité de pénétrer l’industrie et utiliser la mode comme support d’expression pour dénoncer le système depuis l’intérieur. C’est pourquoi les gens prêté attention à moi. J’étais la nouvelle star de New York — tous les journaux et les magazines en parlait. Mais, la vérité, c’est que je n’ai jamais ressenti de passion pour ça. Pour moi, la mode était quelque chose de vraiment superficiel.
J’ignorais l’importance de grandes maisons comme Yves Saint Laurent ou Chanel. [rires] Enfant, dans mon petit village, l’un de mes amis travaillait dans une parfumerie où j’avais certes eu l’occasion d’apercevoir ces noms sur des flacons. Mais j’étais loin d’imaginer que ces marques produisaient également des vêtements ! [rires]
Mais, plus jeune, je passais beaucoup de temps à Londres. On faisait un échange avec une famille : leurs enfants venaient l’été à Majorque, et moi, l’hiver, je restais un mois — voire deux — chez eux. Quand j’avais environ 13 ans, le mouvement punk s’est produit. Et après cela, il y a eu l’arrivée des gothiques, des nouveaux romantiques, et de toutes ces vagues, qui liaient inextricablement vêtements, musique et art — pas dans le même but que la mode commercial d’aujourd’hui.
LORSQUE TU AS PRÉSENTÉ TA COLLECTION MANAUS/CHIAPAS/NYC À NEW YORK EN 1999, TU AS ÉCRIT POUR TES NOTES DE DÉFILÉ : « MON PROPOS EST POLITIQUE. JE SUIS HONNÊTE, À PROPOS DE MON INSPIRATION, ET DE LA RÉALITÉ QUE J’OBSERVE ». CETTE CITATION FAIT-ELLE TOUJOURS ÉCHO À TON TRAVAIL ACTUEL ?
Rien n’a changé. C’est encore pire maintenant avec CES téléphones — cela fait 12 ans que je n’en ai pas — et toutes ces entreprises conglomérées, comme LVMH ou Kering. Aujourd’hui, la mode est si détachée de la réalité… C’est honteux. Elle détient un grand pouvoir sur la jeunesse parce qu’elle utilise des stars de la musique et du cinéma, et des influenceurs — qu’ils achètent évidemment.
Ce qui me contrarie par-dessus tout, c’est de voir toutes ces célébrités américaines s’installer dans les premiers rangs des défilés et aux afterparty. C’est d’autant plus troublant que, dans leur pays, la liberté d’expression est presque totalement perdue et que des gens sont kidnappés dans la rue par la ICE. Il semble que la mode détienne ce pouvoir : effacer la réalité.
Ma citation de 1999 n’a pas du tout changé. La situation a même empiré : désormais, nous assistons à un génocide sans que personne ne proteste ! C’est embarrassant… honteux, ignoble, diabolique ! Et bien sûr, les jeunes suivent ces ‟icônes” vendues aux grandes entreprises. Il n’y a plus personne d’authentique dans ce milieu-là.
De plus, j’apprends que Rosalía et Pedro Almodóvar s’apprêtent à participer à une collection capsule pour Zara — alors que deux magasins flambant neufs viennent d’ouvrir à Tel-Aviv. Et que l’autre jour encore, Pedro Almodóvar défilait en solidarité avec la Palestine ! C’est tellement pathétique ! L’argent gagne toujours. Et le plus drôle, c’est que l’industrie dit ne pas vouloir parler de politique — alors que c’est ce qui affecte vraiment la vie de tout le monde.
PAR RAPPORT AUX ANNÉES 90, LA SITUATION S’EST AGGRAVÉE DEPUIS…
Avant, les jeunes avaient de l’espoir. S’ils allaient en école de mode, en y sortant, ils pouvaient incarner leur propre marque. Maintenant, tout le monde a oublié cela, les gens veulent juste être des vassaux créatifs pour mes seigneurs les grandes entreprises.
DE NOS JOURS, LA MODE INDÉPENDANTE NE PEUT PAS SURVIVRE…
Voila plus de dix ans que les entreprises ont absorbés les designers indépendants. Ce qui se passe est surréaliste. Ils ressuscitent tous ces créateurs morts, depuis des décennies déjà, et ils ouvrent ces marques avec tout cet argent et ces célébrités. Ce sont des zombies.
Les jeunes générations n’ont plus le pouvoir de montrer leur vraie personnalité. Je suppose que beaucoup de créateurs soutiendraient la Palestine et s’opposeraient au génocide perpétré par Israël. Mais s’ils exprimaient leur avis, ils seraient hors jeu, sans contrat. Même moi, par exemple, je ne peux même pas avoir une interview dans un magazine de mode parce que les annonceurs se retireraient. C’est machiavélique.
Et c’est aussi raciste ! Depuis le début du mouvement Black Lives Matter, qu’est-ce qui a changé pour les personnes noires aux États-Unis ? Rien, rien n’a changé du tout. Que s’est-il passé dans l’industrie de la mode ? Oui, vous voyez beaucoup de filles noires défiler, et faire des couvertures de magazines… Mais c’est que de l’esthétique. Ce n’est pas réel. Et lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, tout le monde les a soutenus, chacun agitait son petit drapeau ukrainien. La femme de Zelensky a même eu la couverture du Vogue américain. Si ce qui se passe en Palestine se passait à Londres ou à New York, l’industrie de la mode serait boulversé — pleurant, et appelant à l’aide et la conscience. Mais ce n’est pas le cas. C’est tellement raciste. Lorsque quelque chose de vraiment grave se produit dans la société, l’industrie de la mode perd tout son pouvoir parce qu’elle est totalement détachée de la réalité. Elle vit dans une bulle qui protégerait supposément de la réalité — un piège déguisé en échappatoire.
COMMENT TE VOIS-TU EN TANT QUE MILITANT ?
Je me vois seul… sans espoir. Bien que j’atteigne quand même beaucoup de gens qui sont d’accord avec moi, ma voix n’est pas assez forte. Mais je crois que la vérité remonte toujours à la surface. Par exemple, John Galliano, parce que ivre, a fait des commentaires sur l’Holocauste — il a dit des choses folles. Le lendemain, il était viré de Dior. Aujourd’hui, on est les témoins, depuis deux ans, d’un Holocauste orchestré par Israël, mais si on dit quelque chose à ce sujet, on sera licencié. Que se passe-t-il ?
ET PENSES-TU QUE L’ART EST VRAIMENT EFFICACE POUR TRANSMETTRE CE MESSAGE POLITIQUE ?
L’art est lié à la réalité. Si ce n’est pas lié à la réalité, c’est juste de l’art décoratif. Comme je savais que nous aurions notre entretien aujourd’hui, j’ai regardé les défilés de Louis Vuitton et de Saint Laurent hier soir. J’ai vu : ces décors grandiloquents sous la Tour Eiffel, ces gens au premier rang, ces célébrités et influenceurs… Oh mon dieu ! C’est juste… [grand soupir] Je ne sais pas comment décrire ça.
Après cela, j’ai zappé pour regarder le journal, et je vois des petites filles tuées dans la rue, une mère tenant son bébé sans jambes… du sang partout. Les gens meurent de faim. Et vous voyez, de l’autre côté, toutes ces personnes : célébrités, pop stars, assises au premier rang, regardant de « jolies robes ». Combien de « jolies morts » devons-nous encore voir ? Combien devons-nous en voir ?
Je me souviens de l’épidémie de sida. Les créateurs de mode, les musiciens, tous les artistes essayaient d’aider. Je vais vous dire pourquoi ils se taisent aujourd’hui : c’est à cause des grandes entreprises, ce sont elles qui gouvernent le monde ! Le monde de la mode est tellement commercial, associé à des stars de cinéma, des célébrités et des influenceurs. C’est tellement pathétique de voir ces influenceurs, sur TikTok et Instagram, étudier chaque détail des vêtements — jouer les experts en esthétique et en marques — et ne pas prêter attention aux mesures qui vont les affecter : la liberté d’expression aux États-Unis… les droits des personnes trans… et même, l’autre jour, ils ont dit qu’ils voulaient retirer les médicaments pour les séropositifs… et personne ne dit rien.
ET QU’EN EST-IL DE LA PHOTOGRAPHIE ? IL SEMBLE QUE CE SOIT UN MEILLEUR MÉDIUM POUR TOI…
Oui, la mode nécessite une telle structure financière. Vous avez besoin d’une grande équipe : des confectionneurs de patrons, des couturiers — tant de personnes créatives. Vous devez toujours vendre quelque chose au bout du compte. Et cela ne m’attire plus vraiment. Je suis une marque depuis presque 25 ans maintenant, mais, en même temps, je n’ai rien vendu depuis près de 20 ans. Il n’y a pas longtemps, j’ai commencé à vendre des casquettes de baseball et des sweat-shirts — pour financer mes autres projets. Pour la plupart des gens, la réussite se définit principalement en fonction de leurs ventes et de leurs gains. Mais je n’y crois pas. Pour moi, le succès vient sans aucune compensation financière. Il vient en étant fidèle à la réalité et en étant authentique — c’est beaucoup plus important.
J’ai plus d’une seule tenue, et je vis à la campagne dans une vieille maison avec ma famille et mon chien — je n’ai vraiment pas besoin de plus. Le plus gros problème aujourd’hui est la cupidité. Tout le monde est avide. Tout le monde veut sa part du gâteau. Quand l’argent parle, tout le monde se tait.
ES-TU PESSIMISTE À PROPOS DE LA SITUATION ?
Je ne sais pas. J’espère que nous vivrons un jour en harmonie avec tout — la nature, les êtres humains, etc. Mais je pense que la technologie va nous mener vers un avenir inconnu.
Je vois, d’une certaine manière, la société comme une autoroute. Au bout de l’autoroute, très, très loin, se trouve un grand panneau d’affichage promettant : gloire, mode et pouvoir. Tout le monde roule, pressé, vers ce grand panneau. Mais personne ne l’atteint jamais. Sur le bord de la route, les carcasses s’empilent, et les rêves se brisent. À l’écart, de l’autre côté de l’autoroute, un petit monde vit sans panneau, sans gouvernement, sans autre but que donner du sens. Aujourd’hui, je ne sais plus pourquoi on roule.
ON EST DANS UNE PÉRIODE SI SOMBRE, QU’ON A L’IMPRESSION QU’IL N’Y A PLUS DE LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL… CELA RESSEMBLE À L’OBSCURITÉ TOTALE.
C’est vraiment accablant. Je suis vieux, et je ne sais pas… Les nouvelles générations feraient mieux de se réveiller et d’apprendre que la mode ne va pas les sauver. Si quelque chose de vraiment fou se produit, vous n’avez aucun pouvoir. Et certaines personnes seront là, tenant leurs sacs Louis Vuitton, pensant que cela va leur sauver la vie… Mon Dieu !
Que Dieu sauve la planète. Que Dieu sauve l’humanité. Tout est tellement détaché de la réalité, il y a tellement de haine partout, qu’il est difficile de trouver de l’espoir. Mais nous devons encore nous battre.
Je vais continuer à me battre.
















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